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DE LA QUALITE RELATIONNELLE ENTRE L'HOMME ET L'ANIMAL

Il y a un an, au printemps dernier, j’ai assisté à ARTIGUES près de Bordeaux au séminaire de la S.F.C sur le chien de qualité. Dans une certaine continuité la S.F.C vous propose aujourd’hui un séminaire sur le chien d’utilité. Or pour qu’un chien soit utile encore faut-il trouver en lui des qualités qui nous intéressent… Désirant aller plus loin que l’aspect morphologique ou sanitaire dans l’analyse de la qualité (de ces qualités !), Je vous propose ces quelques réflexions sur le sujet de la relation affective entre le maître et son chien.

                Passionnée par la communication inter-espèces, cela fait maintenant plusieurs années que je me documente sur le sujet et que j’observe attentivement mes chiens et mes contemporains ! En m’appuyant sur les travaux de Boris CYRULNIK (neurologue, psychiatre, psychanalyste, éthologue) je voudrais vous faire partager une certaine approche du couple humain/chien.

                Qui n’a jamais entendu l’expression « tel maître tel chien » ? CYRULNIK écrit  « L’animal de compagnie est un symptôme de pathologie psychiatrique. Dès l’instant où l’on tisse des liens d’attachement entre humains et animaux chacun peut devenir le symptôme de l’autre. Et comme  c’est le propriétaire qui a le monde mental le plus riche, il l’exprime souvent à son insu et cela façonne une partie du comportement de l’animal.   C’est ainsi que les animaux de compagnie deviennent des symptômes des troubles psychiatriques dont peuvent souffrir les propriétaires. ». Chaque propriétaire de chien devrait toujours avoir cela à l’esprit car ils sont sensibles à la moindre de nos humeurs et de nos comportements.  Quand un chien développe une pathologie (alimentaire, dermatologique, gastrique, etc.) bien que la cause puisse n’en être qu’organique, je crois que  nous devrions toujours nous demander si un facteur psychologique n’entre pas en jeu et surtout de provient pas de nous.

CYRULNIK explique dans un de ses livres qu’un couple sans enfant avait un berger allemand qui choyé et bien entouré affectivement (il   tenait la place de l’enfant absent) se portait à merveille. Un jour un corniaud alléché par leurs poubelles s’installe dans leur vie et se fait accepter par  tout le monde y compris le berger qui cependant le maintien dans un statut inférieur. Du temps se passe et l’impossibilité d’avoir un enfant commence à miner le couple. Le berger qui a toujours été là pour remplacer cet enfant qui ne vient pas, devient pour l’épouse le symbole même de l’incapacité du couple à se reproduire. Dans le discours de cette femme le berger va alors changer de statut, et son imaginaire va le dévaluer. Le chien qui est toujours bien nourri et bien traité va alors adopter un comportement boulimique et se jeter sur le pain et les pâtes les volant même si nécessaire. Le corniaud  dont la femme loue par ailleurs, la débrouillardise va quant à lui acquérir le statut de dominant, le berger lui cédant sans heurts la place ! De cette observation il ressort clairement que le problème alimentaire du berger allemand n’a rien à voir avec lui en fait, mais résulte d’un problème dans le  couple humain.

Je pense que nous façonnons le comportement de nos chiens et ce, bien souvent à notre insu. Je suis très bavarde et mes chiens le sont aussi ! De la même manière je suis très sereine et mes dobermanns ainsi que mes autres chiens sont particulièrement calmes. Tout propriétaire de chien est capable de dire en quoi   son ou ses chiens lui ressemblent. Dans un entretien à une radio québécoise entre Karine Lou Matignon et Boris CYRULNIK il ressort que « les éthologues cliniciens et les vétérinaires ont fait le constat que la pensée du propriétaire pouvait façonner le comportement et le développement biologique du chien. Certaines personnes attendent, par exemple, de leur chien qu’il défende la maison.  Ils développent une peur relative de l’environnement qui va être perceptible par l’animal. Face à cette émotion enregistrée par différents canaux, le  chien va alors adopter une attitude menaçante que les propriétaires vont analyser comme un comportement de défense de la maison. Ce n’est pas de  la transmission de pensée, (…) c’est de la matérialisation de pensée. Dans certaines pathologies comme les maladies maniaco-dépressives, où les  gens sont tantôt euphoriques tantôt mélancoliques, jusqu’à se sentir responsables de toutes les plaies du monde, on voit que le chien s’adapte impeccablement à l’humeur du propriétaire. Quand le propriétaire est gai, il va se mettre à aboyer, gambader, quand il est triste, le chien ne bouge pas, il se met à trembler. (…) Le chien qui vit dans un monde de sympathie est hypersensible au moindre indice émis par le corps du propriétaire       adoré. C’est donc bien une matérialisation de la pensée humaine transmise au chien qui façonne ce dernier. Les vétérinaires (…) montrent chez des chiens, des troubles d’hypertension, de diabète, d’ulcères hémorragiques gastriques, des dermatoses suppurantes … de graves maladies dont le point   de départ se situe dans la pensée du propriétaire. On rencontre souvent le cas d’un chien choisi pour remplacer le chien précédent décédé. De même  couleur, de  même race, on lui attribue la même place à la maison, parfois un nom identique. Que ce passe-t-il ? L’animal souffre de la comparaison affective de son propriétaire avec le disparu au point d’en tomber malade. Comment peut-il en effet se sentir valorisé ? Quoi qu’il fasse,  il est moins  beau que l’absent, moins performant, sans cesse comparé au disparu idéalisé. Il est bien connu que seuls les morts ne commettent aucune faute.   L'histoire du propriétaire et la représentation mentale qu’il a de son chien transmet à l’animal des signaux contradictoires, incohérents. Il devient impossible pour lui de trouver et d’utiliser un code clair de comportement avec son maître. Ces émotions vont fabriquer des troubles métaboliques et, à long terme, des maladies organiques ou des comportements altérés. Un symptôme est une proposition de communication. Le chien se lèche la patte jusqu’au sang, se réfugie derrière un meuble, présente des troubles sphinctériens, des gastrites, une hyper vigilance avec tremblements, etc. La guérison du chien passe par une restructuration de l’imaginaire du propriétaire qui doit faire le deuil du premier chien et envisager le second comme un être différent. »

Je suis intimement convaincue que notre imaginaire concourt réellement à l’état de nos chiens. Je peux vous raconter une anecdote personnelle : quand j’ai commencé à appeler mon husky de 6 ans « le vieux », il l’est devenu ! Quand je me suis aperçu de cela, ce qui m’a demandé de nombreux mois, j’ai fait un effort mental pour essayer de modifier la perception que j’avais de mon chien son état s’est grandement amélioré.  Sa nourriture n’a pas changée, son environnement non plus mais à 9 ans il est maintenant en pleine forme !

Certes une telle prise de conscience peut être culpabilisante : toute maladie est-elle de notre faute ? Mais sans tomber dans l’extrême et s’autoaccuser de tout, il serait bon que chaque propriétaire de chien pense que son animal peut souffrir d’une situation uniquement humaine. Et que  quand une pathologie reste rebelle à tout traitement on peut se demander dans quelle mesure elle ne reflète pas un conflit, un mal être, un problème  du maître.

Toutes les interviews des Tops Models le disent à longueur de colonnes : certes elles sont belles, mais ce n’est pas suffisant pour arriver au pinacle de la célébrité. Ce qui fait la différence entre elles et les autres ce n’est pas le physique (à peu de choses près elles sont toutes parfaites) mais  c’est le mental. Les Tops pensent qu’elles sont les plus belles. Elles y croient ! Et cette « foi » en persuade les autres. Pour qu’un chien ait de la  présence sur un ring d’expo on dit souvent qu’il faut qu’il soit cabochard et cabotin (certains vont même jusqu’à employer le terme de névrosé), et c’est vrai ! Je l’ai constaté de nombreuse fois. Le chien aime être là, il pose, et semble autant goûter la foule que les compliments. Mais j’ai aussi remarqué que le maître du chien aimait qu’il ait ce comportement là, j’ai toujours ressenti une synergie entre l’humain et son chien. Celui qui ne croit pas en son chien, ne peut pas demander à ce dernier de croire en lui-même et donc de se présenter fièrement.

En résumé, et bien que mon propos puisse vous sembler étrange, votre chien, qu’il soit d’utilité ou de « simple » compagnie, vit autant dans votre imaginaire que dans votre jardin ! La pensée que vous avez à son égard le construit, le façonne et influe directement sur sa vie. Plus un chien est sensible et plus il va jouer les « éponges » inconscientes auprès de son maître se « chargeant » de ses névroses. Je ne parle même pas de l’image que le propriétaire a de la race à laquelle appartient son chien et des attentes qu’il peut avoir vis à vis de son animal qui dans notre société est devenu un véritable délégué narcissique! Un chien que l’on a longtemps désiré et attendu, on se l’est bien souvent représenté, se projetant dans l’avenir et  imaginant la relation que l’on va avoir avec lui ! C’est humain ! Mais le chiot qui ne sait rien de tout cela va se retrouver lancé dans un monde  inconnu où il va très vite devoir comprendre ce que l’on attend de lui et quel rôle sera le sien. Rien de si simple, d’autant plus si l’on considère que  parfois le maître lui-même n’a pas conscience de tout ce qu’il demande à son chien.

L’utilité du chien et le chien d’utilité qui sont deux choses complémentaires seront abordées dans ce nouveau séminaire en Belgique.    Beaucoup de différentes choses seront abordées, mais je voulais vous amener à me suivre sur ce petit chemin qui nous chuchote que certes le travail de l’éleveur est primordial ainsi que les ascendances génétiques, mais que le maître de l’animal qui conditionne ce dernier au travers de la représentation mentale qu’il en a et ce, au-delà de ce qu’il l’imagine, est le véritable artisan de la qualité relationnelle entre lui et son animal…

Isabelle Mériot  

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