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Introduction
à l'homéopathie
L' Homéopathie : une Autre Conception de la Maladie !
Texte: J. Millemann
Correction: Ph. Osdoit Docteurs vétérinaires
I - Avertissement : En France, tout vétérinaire désirant s’établir à son
compte doit d’abord suivre 5 ans d’études en Ecole Vétérinaire puis, une
fois obtenu son diplôme de fin d’études, présenter une thèse de doctorat
vétérinaire. Des équivalences sont possibles et permettent aux membres
de la Communauté Européenne de travailler par delà leurs frontières. L’
étude et la pratique de l’Homéopathie reste en général en 1991 une
simple possibilité reposant sur un enseignement non officiel et
actuellement non réglementé et non reconnu par les instances
officielles. Il s’agît d’une véritable spécialisation de fait,
nécessitant un apprentissage long et difficile, une remise en cause et
un travail de tous les instants, sans garantie ni reconnaissance
juridique des efforts ou des capacités. Connue depuis Hippocrate,
codifiée depuis Hahnemann, cette méthode thérapeutique, cohérente et
logique est basée sur l’expérience et la pratique de ses auteurs et en
perpétuelle évolution. Comme justification je voudrais citer une phrase
de S. Hahnemann prononcée en 1835 devant la Société gallicane :
“Lorsqu'il s'agit d'un art sauveur de la vie, négliger d'apprendre est
un crime !”
II - Introduction : “l' Homéopathie” Avant de vouloir étudier les
conceptions usuelles en homéopathie, il semble logique de commencer par
définir ce qui se cache sous cette appellation bien mystérieuse.
II - 1 - Bref Historique : Comme on comprend mieux ce que l'on a vu
naître, un bref rappel historique me paraît indispensable.
II - 1 - 1 : Avant Hippocrate : Avant Hippocrate on connaissait déjà
l'effet pharmaceutique intéressant car aphrodisiaque de la mouche
espagnole ou cantharide. Ce coléoptère de la famille des Méloë (Lytta
vésicatoria), vit volontiers sur les frênes, les troênes, lilas et
chèvrefeuilles du pourtour méditerranéen. Cet insecte a un sang si
caustique que son contact avec la peau entraîne l'apparition de rougeurs
puis de vésicules bien analogues à des brûlures (d'où son nom:
vesicatoria). Son absorption accidentelle est très dangereuse: 0,03 g.
du toxique sont mortels pour l'homme ! Elle peut provoquer une violente
inflammation des muqueuses digestives et urinaires (reins, urètre,
vessie.. ) avec des douleurs brûlantes avant, pendant et après
l'émission d'urines sanglantes. Mais des doses encore plus faibles
utilisées dans le but de ranimer certaines “flammes défaillantes”,
avaient déjà permis de constater qu'elles entraînaient une guérison plus
rapide des brûlures ainsi que de l'hématurie (présence de sang dans les
urines).
II - 1 - 2 : Hippocrate (460 - 377 environ av. J.C.) : Hippocrate
constate cela , en prend note et fait un pas de plus: il préconise
l'usage de cantharide pour guérir brûlures cutanées et inflammations
urinaires avec pissement de sang (lésions qui ont la même allure, comme
si elles avaient été provoquées par la mouche espagnole) . Avec ce
“comme si” naissait la “Loi des Semblables” ou “Loi de Similitude” ,
ainsi que son corollaire la loi d'inversion de l'effet, dite parfois Loi
d’Arndt-Schulze. (Si une forte dose engendre une brûlure, une faible
dose guérit la brûlure). Bien entendu pour éviter de trop secouer le
patient, il valait mieux utiliser des doses infimes. Ces deux lois ne
connaîtront leur véritable énoncé que bien plus tard. Déjà à cette
époque Hippocrate mentionne les trois manières de soigner: en suivant la
loi des semblables , la loi des contraires et le Verbe. La première
étant parfois d'usage délicat, ne fût-ce que pour des questions de
dosage, ce fut la seconde qui fut reprise par Galien, l'autre tombant
dans l'oubli ou restant entre les mains de rares initiés. Quant à la
parole, elle revint en usage avec Freud et ses disciples, au début du
XXème siècle. Plus tard l’invention de la pénicilline par Fleming, puis
des autres antibiotiques, véritables “pont-aux-ânes” de la médecine
officielle, a permis à n’importe qui d’assimiler l’équation : Fièvre =
Inflammation = Microbes = Antibiotiques Bien des thérapeutes de la
génération actuelle sont conscients de ce que cette formule n’est que
partiellement exacte et qu’elle ne permet que rarement d’aller au fond
des choses pour obtenir une guérison vraie. Ils ont dès lors cherché une
autre voie comme par exemple l’Homéopathie.
II - 1 - 3 : Hahnemann (1755 - 1843) : Fils d'un peintre sur porcelaine
de Saxe, ce jeune homme, par ses dons et son éducation réussit à suivre
l'enseignement de maîtres prestigieux et à passer brillamment ses
examens de médecine puis une thèse de doctorat sur les maladies
vénériennes. Il épouse la fille d'un apothicaire et passe un jour
derrière le comptoir. Horrifié par la joyeuse fantaisie qui préside
alors à la fabrication des remèdes censés guérir les patients d’une
médecine balbutiante, il cesse d'exercer. Pour nourrir sa famille, il
fait des traductions et, en 1790 trouve des contradictions dans la
“Materia Medica” de l’Anglais Cullen, à propos de la poudre de quinquina
(Cinchona rubra). L'écorce de quinquina était alors à la mode. Notre
médecin polyglotte, pour en avoir le cœur net, essaye le produit sur
lui-même. Sur sa propre personne et certains des ouvriers qui broyaient
et ensachaient ce remède de la fièvre tierce, il a la surprise de
reconnaître les symptômes du paludisme. Or la quinine contenue dans
l’écorce de quinquina est un bon remède de cette “ fièvre des marais ”.
Il a retrouvé ainsi la loi des semblables. Fort logiquement, pour
pouvoir utiliser un médicament à bon escient, il faut en connaître
l'effet. Ce n'est possible qu'en l'essayant et en notant soigneusement
tous les signes qui se manifestent. Hahnemann teste alors toute une
série de produits sur lui-même, sa famille et ses amis. Pour ne pas
risquer d'empoisonner ses proches, il utilise des doses de plus en plus
divisées, infinitésimales même et broie longuement la substance avec du
lactose ou secoue fortement les solutions obtenues pour les
homogénéiser. Il se rend alors compte que les triturations ou les
secousses transforment le remède, multiplient son activité
thérapeutique, le “dynamisent” en quelque sorte. (A titre d'exemple: la
poudre de lycopode réputée totalement inerte, est utilisée en allopathie
pour enrober des pilules ; elle constitue par contre l'un des plus
puissants remèdes en homéopathie ). Hahnemann expérimente de la même
manière, bien d'autres substances et, en bon clinicien note
soigneusement tous les symptômes des maladies artificielles dues à
l'essai du remède. Ces observations sont appelées “pathogénésies” (en
grec: = maladie engendrée ). Bien avant Claude Bernard, il fonde ainsi
une véritable “Médecine expérimentale” [1] Il utilise lui-même les mots
“Médecine de l'expérience”. Les pathogénésies ainsi obtenues forment la
“ Matière Médicale Pure”, dont les résultats sont d'une telle qualité,
qu'on les utilise encore aujourd'hui.
II - 2 : Les Bases de l' Homéopathie : Nous venons d'en voir les
principales au passage. Il y a d'abord la loi de Similitude résumée par
la formule latine: “Similia similibus curantur” , ce qui se traduit à
peu près par : “les semblables guérissent par les semblables !” Pour une
guérison complète, la similitude doit -être maximale. Le remède trouvé
est alors appelé Simillimum par définition, sinon ce n'est qu'un
vulgaire semblable ou Simile. Pour ce faire il faut donc recueillir la
Totalité des Symptômes présentés par le patient considéré. C'est à ce
prix que l'on pourra cerner l'individualité, ou individualiser le malade
d'abord, le remède qui lui convient ensuite. Enfin, dans l'exercice de
son art, l'homéopathe utilise des doses infinitésimales de remèdes
dilués et dynamisés, tous expérimentés au préalable chez des individus
humains en bonne santé.
II - 3 - : Buts et résultats de l’ Homéopathie : Comme le dit Hahnemann
lui-même : “La plus haute et même l'unique vocation du médecin est de
rétablir la santé des personnes malades; c'est ce que l'on appelle
guérir.” Dans ce but, il conseille une voie royale qu'il définit comme
suit :…“L'idéal thérapeutique consiste à rétablir la santé d'une manière
rapide, douce et permanente, à enlever et à détruire la maladie par la
voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, cela d'après des
principes clairs et intelligibles.” [2] On retrouve ici le principe cher
aux anciens et parfois un peu perdu de vue de nos jours ; “Primum non
nocere !”, (d’ abord ne pas nuire !), que tout thérapeute se devrait
d'observer scrupuleusement. Signalons au passage pour la petite
histoire, que, dès sa naissance, l'homéopathie eut à faire ses preuves
sur les restes de la Grande Armée vaincue par les généraux Hiver et
Dysenterie. C'était en 1812 et Hahnemann sauvait 70 % de ses patients
quand ses confrères voyaient périr 80 % des leurs. Aujourd'hui encore il
me semble qu'il existe des domaines de la médecine où les résultats sont
presque du même ordre de grandeur. Citons par exemple chez l'homme : les
“dépressions nerveuses” ou les hépatites à virus, chez le chien la
parvovirose. Là où l'allopathie a parfois tendance à masquer des
symptômes, l'homéopathie peut permettre de s'attaquer au trouble profond
et parfois de le guérir. Ce peut être le cas dans certaines dermatoses.
Pour que notre édifice doctrinal homéopathique soit complet il nous
reste à étudier le concept de la maladie.
III - : Notion de Maladie : Si nous voulons nous comprendre, mieux vaut
parler le même langage. Commençons donc par définir quelques mots.
III - 1 - : Quelques Définitions Pour le plaisir, je vais varier mes
sources et faire appel : - 1 au grand Larousse Encyclopédique en 10
volumes - 2 à l' Organon ou art de guérir de Samuel Hahnemann - 3 aux
publications de l' O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé )
III - 1 - 1 : La vie Dans le Grand Larousse Encyclopédique, on peut
lire: “Vie : n.f. (latin vitas) : ensemble des phénomènes ( en
particulier nutrition et reproduction ) qui chez les êtres organisés
entretiennent l'activité de la naissance à la mort .” Pour Hahnemann et
ses disciples, il existe une énergie vitale, une Dynamis qui anime la
partie matérielle du corps [3] et il ajoute [4] : “Sans force vitale,
l'organisme matériel est incapable de sentir, d'agir, de maintenir sa
propre conservation.” Le dictionnaire se contente de rester sur un plan
matériel et laisse subsister un immense point d'interrogation pour le
coté spirituel et mental. Par contre Hahnemann introduit dans sa
définition une notion métaphysique avec son énergie vitale analogue au
Tari chinois ou au Prâna hindou. Oh, certes, ce n'est pas une
explication mais un acte de foi qui permet d'appréhender le pourquoi du
passage de la vie à la mort. La mort c'est cet arrêt du fonctionnement
de toute la complexe et harmonieuse biochimie qui sans cesse remontait à
contre-courant la loi très générale de dégradation de l'entropie! On
constate de plus, l’existence sur le vivant, d’ondes de
polarisation-dépolarisation témoins de phénomènes énergétiques, et
disparaissant après la mort.
III - 1 - 2 : La Mort : Le Larousse dit: “ Mort: n.f. ( latin : mors,
mortis ) , cessation complète et définitive de la vie d'un homme, d'un
animal ou d'un végétal.” Dans l'Organon de l'art de guérir, au § 10,
nous lisons : “Sans énergie vitale le corps meurt et , dès lors, livré
exclusivement au pouvoir du monde physique extérieur, il se décompose et
se résout en ses éléments chimiques.”. Effectivement il n'y a guère de
différence entre un corps mort et ce qu'il était une fraction de seconde
avant, sinon qu'il a perdu cette étincelle de vie qui l'animait,
maintenait sa cohésion physique et chimique et que dès lors il commence
sa décomposition. On voit de suite que l'extension éventuelle de ces
notions aux virus cristallisables par exemple, très délicates pour le
Larousse sont presque naturelles pour un homéopathe. Il n'y a d'ailleurs
aucune réelle contradiction entre les deux niveaux de pensée différents.
III - 1 - 3 : La Santé : Pour le Larousse, la santé n.f. (latin:
sanitas) est l'état d'une personne dont l'organisme fonctionne bien.
Soyons plus généreux et remplaçons le mot “personne” par celui d' “être
vivant”. L'organisation mondiale de la Santé, l'O.M.S. va beaucoup plus
loin . Pour elle “la Santé est le complet bien-être physique, mental et
social !” Pour l'homéopathe : “Dans l'état de santé, l'énergie vitale
(souveraine), immatérielle - dynamis - , règne de façon absolue . Entre
toutes les parties de l'organisme vivant elle maintient dans leurs
activités fonctionnelles et réactionnelles, une harmonie qui force l'
admiration .” [5] . Ici encore apparaît une différence de niveau, le
dictionnaire donnant un sens plus restrictif. Par contre la définition
plus généreuse de l' O.M.S. est admise spontanément et sans problème par
tous les homéopathes. En effet le bien-être n'est jamais une notion
purement physique (on peut se sentir bien avec un membre ou un organe en
moins). De plus dans l'état de santé, les aspects mentaux, moraux et
même sociaux ne doivent pas être être oubliés. Ce n'est que depuis peu
que la médecine officielle se rend compte de l'importance du phénomène
social . Notons à ce propos les problèmes d'infertilité due à la
surpopulation constatés chez les rongeurs domestiques et retrouvés chez
la chienne (enquête de la S.F.C. , Société Française de Cynotechnie).
Mentionnons dans le même ordre d'idées les troubles sociologiques et
neurologiques baptisés, faute de mieux du terme de Sarcellite et que
l'allopathe impuissant ignore quand il ne se contente pas d'en gommer
les symptômes les plus gênants à coups d'anxiolytiques (remèdes luttant
contre l'anxiété) et de somnifères à l'effet secondaire si déprimant.
III - 1 - 4 : La Maladie : Pour le dictionnaire la maladie n.f. : “ est
une altération dans la structure ou dans les fonctions des organes.” Ce
n'est qu'avec le sens figuré qu'apparaissent les troubles des facultés
mentales , intellectuelles ou morales . Pour Hahnemann [6]: “ Les
maladies sont purement et simplement des modifications et des
altérations du bien-être de l'individu sain, lesquelles s'expriment par
des symptômes.” Les différences déjà notées entre homéopathes et
allopathes s'accentuent encore ici. Bien avant la fondation de l'O.M.S.
paraît la notion d'altération du bien-être qui dépasse singulièrement le
simple niveau lésionnel ou fonctionnel. On voit en outre reparaître le
concept de symptômes, simple expression d'une maladie, qui, pris dans
leur sens le plus large et dans leur totalité, vont permettre au
thérapeute d' appréhender un trouble qui sans eux resterait latent ou
inexprimé.
III - 2 : La notion de Maladie selon Hahnemann : Elle découle
directement des définitions données et de la notion d'énergie vitale.
Permettez-moi de citer une fois de plus cet auteur génial trop méconnu
et toujours actuel plus d'un siècle après sa mort : “ Quand l'homme
tombe malade, cette énergie vitale immatérielle (principe de vie),
active par elle-même et partout présente dans son corps est dès le début
de la maladie, la seule qui ressente l'influence dynamique de l'agent
morbide ... Seul le principe vital, après avoir été ainsi désaccordé,
peut procurer à l'organisme les sensations désagréables qu'il éprouve et
le pousser aux actions insolites que nous appelons maladies .Car étant
invisible par elle-même et reconnaissable seulement par ses effets dans
l'organisme, cette entité énergétique n'exprime et ne peut révéler son
dérèglement que par des manifestations pathologiques dans les sensations
et fonctions, c'est-à-dire par des symptômes morbides, (manifestations
qui seules sont accessibles aux sens de l'observateur et du médecin.)”
[7] “C'est uniquement la rupture d'équilibre de l'énergie vitale qui est
la cause des maladies...””[8] Et voici une notion supplémentaire, celle
de maladie-déséquilibre qui recouvre tellement la vérité qu'elle est
utilisée tous les jours en médecine classique (ex.: déséquilibre
neuro-endocrinien, déséquilibre hydro-ionique, déséquilibre mental ,
déséquilibre alimentaire , ...) Par conséquent la maladie... [9] 1 )
n'est nullement une entité séparée du tout vivant de l'organisme...[10]
2 ) elle n'est pas non plus une entité isolée de l'énergie vitale
c'est-à-dire du pouvoir dynamique qui l'anime. 3 ) enfin ce n'est pas
d'avantage une entité cachée à l'intérieur du corps .” Cette notion de
maladie-déséquilibre s'est révélée extrêmement fructueuse et se vérifie
quotidiennement dans toute pratique thérapeutique. Quant aux facteurs
générateurs de maladie, il faut bien avouer qu'ils ne sont pas tous
matériels: des phénomènes psychiques comme une colère, un deuil ou une
humiliation sont capables tant chez l'homme que chez l'animal
d'engendrer des troubles psychiques comme l'anorexie mentale, des
déséquilibres neuro-hormonaux avec par exemple des perturbations de la
tension artérielle ou du système génital (arrêt des règles...) Ils
peuvent même entraîner l'apparition de lésions objectives et
parfaitement physiques comme une jaunisse : on connaît des ictères
consécutifs à une peur ! Se contenter de baptiser le tout du nom
ronflant de maladie psycho-somatique n'élimine pas le problème: des
phénomènes immatériels peuvent avoir des conséquences pathologiques
tangibles. J' ai même eu le plaisir d' entendre récemment à une radio
périphérique, le professeur Laborit affirmer qu'un microbe réputé aussi
dangereux qu'un Staphylocoque même doré, était inoffensif s'il ne
rencontrait un terrain déséquilibré pour l'accueillir. Peu suspect de
complaisances coupables avec l'Homéopathie, ce grand chercheur parlait
alors de son dernier livre “ La colombe assassinée.” L' influence de
l'immatériel sur la vie de tous les jours est constante et en général
méconnue . Pourtant il arrive que l'homme en tire profit .Chacun sait
que les producteurs d'œufs jouent sur la durée de l'éclairement
quotidien dans leurs poulaillers sans fenêtres pour commander l'entrée
en ponte et la maintenir ensuite à un maximum. Ce n'est que depuis peu
que la Science officielle étudie les biorythmes. Médecine chinoise,
sagesse populaire européenne et homéopathie tiennent compte depuis
longtemps des rythmes circadien, bi-, tri-, ou tétraquotidien, bi- ou
tri-hebdomadaire, voire lunaire (comme les marées, le cycle des ascaris
ou les périodes menstruelles de nos épouses ). J'ai également eu la
surprise de voir en milieu hospitalier, l'équipe soignante faire fi de
son confort personnel et recommander très sérieusement à la mère d'un
jeune homme polytraumatisé et dans le coma, de venir chaque jour lui
parler et lui tenir la main pour augmenter les chances de guérison ! Il
y a en fait bien plus d'affections psychosomatiques qu'on ne le pense
communément. L'Homéopathe, par ses observations cliniques toujours
détaillées, reconnaît couramment comme étiologie de troubles variés, des
causes psychiques aussi différentes que la peur, la colère, les soucis,
une déception amoureuse, un dépit, un deuil (d'un enfant, d'un parent,
voire d'un ami), une humiliation [11]... Même les troubles consécutifs à
la perte d'un emploi peuvent se soigner. (Le répertoire de Barthel, tome
1, page 20, cite dans ce but trois remèdes possibles : Ignatia++ ,
Platina++ et Staphysagria+ ) . Oh, bien sûr, imprégné de pathologie
générale, le vieux médecin de famille, connaissait tout cela mais ne
disposait guère que de son propre cœur, de ses bonnes paroles et parfois
de son influence personnelle. Les succès qu'il pouvait obtenir ainsi ne
lui donnaient pas toute satisfaction . Il lui fallait un remède
supplémentaire: le temps ! Toujours pressé, habitué au concret, éduqué à
ne considérer que le coté objectif des choses, aux résultats chiffrés
des analyses le praticien allopathe d'aujourd'hui a facilement tendance
à ne traiter que des troubles physiques bien objectivables et à
considérer comme quantité négligeable les ennuis moraux ou sentimentaux,
parfois aussi dévastateurs qu'immatériels. Toute la sémiologie clinique
( étude des symptômes ) de nos pères semble parfois oubliée . L'action
du médecin permettra de gommer certains symptômes gênants et
superficiels de la maladie .Par contre elle n'aura aucun effet sur la
cause originale du déséquilibre. Il risque alors de tomber dans la
facilité et de se contenter de prescrire des remèdes anti-anxiété en
sachant que ces derniers ont un effet secondaire hypnogène ou déprimant.
D'autres troubles pourront alors remplacer ceux qui ont disparu! Bien
évidemment l'homéopathe ne pourra pas plus supprimer le chômage ou
effacer un deuil. Par contre, connaissant et admettant la cause
véritable de la maladie, il pourra en atténuer les effets nocifs. Il
pourra même, grâce au remède approprié, permettre à l'organisme de
trouver un nouvel équilibre, donc de guérir: “ par la voie la plus
courte, la plus sure et la moins nuisible .” [12] Ces résultats ne
peuvent être obtenus que parce que l'homéopathe : “établit ses
prescriptions sur l'ensemble de tous les symptômes psychiques, et
physiques, subjectifs et objectifs présentés par le malade . Elle traite
celui-ci en le considérant dans sa totalité .” “C'est en fait la
médecine de la personne !” [13] Une autre conséquence est l'existence
des maladies que Hahnemann appelle artificielles. De nos jours nous
dirions plus volontiers “ iatrogènes “ (c'est-à-dire causées par les
médicaments). Notons que l'allopathe ne parle d'effet iatrogène qu'en
cas d'abus manifeste du remède ou d'apparition de symptômes secondaires
indésirables.
L'Homéopathe va beaucoup plus loin [14] : “Puisque les maladies sont
purement et simplement des modifications et altérations du bien-être de
l'individu sain, lesquelles s'expriment, par des symptômes, ... on
concevra sans peine que les médicaments ne pourraient guérir d'aucune
façon les maladies, s'ils ne possédaient la faculté de dérégler les
facultés psychosomatiques de l'être humain dans ses sensations et
fonctions . C'est même uniquement en cette faculté de pouvoir changer
l'état de santé de l'homme que résident leurs vertus curatives ...” Il
va donc tenter d'utiliser les remèdes suivant la loi de similitude . La
maladie artificielle de courte durée, induite par le remède dilué et
dynamisé, va donc effacer par une sorte d'effet rebond, l'affection
spontanée dont elle recouvre tous les symptômes. Pour connaître “...
tous les symptômes objectifs, subjectifs et accidentels, engendrés en
tant que puissances pathogénétiques artificielles ... il faut ... les
relever scrupuleusement et fidèlement ... alors on aura édifié une
véritable Materia medica [15] .
IV - : La Classification des Maladies Donnons une fois de plus la parole
à Samuel Hahnemann [16] : “ Les maladies humaines se divisent en deux
classes : a ) Les unes sont des manifestations subites d'altérations du
principe vital déséquilibré . Livrées à elles-mêmes , la durée de leur
évolution est variable mais toujours passagère : on les appelle maladies
aiguës. b ) Les autres , à leur début insignifiantes et souvent même
imperceptibles saisissent l'organisme vivant chacune à sa manière et le
dérèglent dynamiquement. Peu à peu l'éloignement de l'état de santé
devient tel par leur évolution sournoise et progressive que l'énergie
vitale, automatique et inconsciente... ne peut leur opposer... qu'une
résistance imparfaite, mal dirigée et vaine . La force vitale , dans son
impuissance à les éteindre par elle-même, est obligée de laisser croître
ces maladies , et son dérèglement ne fait qu'augmenter jusqu'à la
destruction finale de l'organisme . Celles-là sont connues sous le nom
de maladies chroniques !
IV - 1 - : Les Manifestations Aiguës Les manifestations aiguës se
classent en plusieurs catégories qui se répartissent en deux chapitres
[17] : IV - 1 - 1 : Les Maladies Individuelles : Elles ... “ se
produisent chez les êtres humains isolément à l'occasion de causes
nuisibles dont ils ont eu à supporter l'influence et peuvent
s'accompagner de mouvements fébriles . Il peut s'agir : de traumatismes
(troubles pathologiques par effet mécanique) . Plaies, contusions ,
efforts, foulures, luxations , fractures ... d' indispositions (troubles
physiopathologiques) . Elles peuvent être la conséquence de
refroidissement, d' excès dans le boire et le manger, de carences ou
d'intoxications alimentaires, de violentes impressions physiques, de
surmenage, d'intempérance ou de refoulement de désirs, d'émotions, de
soucis et d'impulsions diverses etc... Ces causes variées sont
occasionnelles . d' exacerbation des maladies chroniques. aujourd'hui
nous parlerions plutôt d'un épisode aigu d'une maladie chronique .
IV - 1 - 2 : Les Maladies Collectives : Elles attaquent plusieurs
individus à la fois . On y rencontre : Les maladies aiguës sporadiques
qui se développent çà et là, à l'occasion d'influences météorologiques
ou climatiques nocives dont, au même moment, un petit nombre d'individus
seulement sont prédisposés à ressentir l'action pathogène . Les maladies
aiguës épidémiques : saisissent un grand nombre de personnes à la fois,
dépendent d'une même cause, se manifestent par des symptômes fort
analogues et deviennent habituellement contagieuses quand elles agissent
sur des masses serrées et compactes d'individus. Il en résulte des
maladies fébriles qui, chaque fois qu'elles se reproduisent présentent
un caractère spécifique différent (ex.: la grippe). Comme les cas
individuels ont la même étiologie, ces maladies soumettent toujours ceux
qui en sont atteints lors de chaque manifestation, à un même processus
morbide, qui, abandonné à lui-même, se termine en un assez court espace
de temps par la mort ou la guérison. Les maladies aiguës proprement
dites : Les maladies aiguës “peuvent dépendre aussi d'agents infectieux
spéciaux qui reparaissent toujours sous la même forme; c'est pourquoi
elles sont connues sous un nom traditionnel [18] …[19] Certains de ces
agents n'infectent l'homme qu'une seule fois dans sa vie, comme la
variole, la rougeole, la scarlatine lisse ... ; d'autres peuvent
l'atteindre à plusieurs reprises de façon assez semblable.” [20].
IV - 2 - : Les manifestations Chroniques
IV - 2 - 1 - : Les Maladies Chroniques Artificielles ( § 74 ) “Au nombre
des maladies chroniques, nous devons malheureusement faire figurer
celles universellement répandues , créées artificiellement par les
traitements allopathiques et les intoxications médicamenteuses. A
celles-ci appartiennent les suites de l'usage prolongé de drogues
héroïques violentes à doses élevées et toujours croissantes....” ( Ex.:
les purgatifs, tranquillisants, laxatifs et autres médicaments dits de
confort .)
IV - 2 - 2 - : Les Maladies Chroniques Apparentes ( § 77 ) “C'est fort
improprement qu'on donne l'épithète de chroniques aux maladies dont
souffrent ceux qui s'exposent constamment par faute d'hygiène à des
influences pathologiques évitables . Elles sont dûes : à l'usage
prolongé d'aliments ou de boissons nuisibles, aux excès et aux
privations de tous genres qui minent la santé, au séjour dans des
contrées malsaines... , à la vie en sous-sol, dans des ateliers humides
ou des atmosphères confinées, à l'insuffisance de mouvement et
d'exercice, aux excès sportifs et intellectuels, aux vexations et aux
soucis, etc...” (N.B.: voici qui préfigure singulièrement ce qui sera
plus tard la véritable médecine du travail ! ) “Ces atteintes que l'on
porte soi-même à sa santé, disparaissent spontanément par un changement
dans la manière de vivre, à moins que l'organisme ne soit sujet à
quelque dyscrasie (miasme) chronique.” (N.B.: Dyscrasie = mauvaise
constitution : dixit dictionnaire)
IV - 2 - 3 - : Les Maladies Chroniques Naturelles ( § 78 ) “Les
véritables maladies chroniques naturelles sont celles qui, laissées à
elles-mêmes et non traitées par des moyens spécifiques sont incessamment
progressives . Celles qui malgré les meilleures précautions d'ordre
moral et de soins physiques, tourmentent l'individu de souffrances
toujours croissantes jusqu'au terme de son existence . Elles proviennent
d'agents infectieux chroniques (miasmes chroniques) et constituent les
plus nombreux et les plus grands fléaux de l'espèce humaine, ...puisque
la complexion physique la plus robuste, le régime de vie le plus ordonné
et la force vitale la plus énergique ne peuvent rien pour leur
éradication.
V - : La théorie des miasmes
V - 1 - : Sa Genèse En étudiant les maladies , Hahnemann constate qu'il
y a bien plus de maladies aiguës récidivantes, que de maladies aiguës
véritables et donc guérissant spontanément. Il les considère alors comme
une crise aiguë révélatrice d'une perturbations sous-jacente, d'une
maladie chronique vraie. Pour parfaire ses tentatives de classification,
il s'obstine dans ses recherches et découvre ainsi ce que par la suite
on a appelé la théorie des miasmes . “Il m' a fallu douze années de
recherches pour trouver la source de ce nombre incroyable d'affections
chroniques, découvrir cette grande vérité demeurée inconnue à tous mes
prédécesseurs et contemporains ...” [21] Pour ce faire Hahnemann est
parti de l'étude des maladies vénériennes qu'il connaissait bien:
c'était le sujet de sa thèse de doctorat et elles étaient
particulièrement répandues après les troubles des guerres
napoléoniennes! L'observation de deux maladies, la syphilis et la
blennorragie, qui progressent continuellement sans jamais présenter de
tendance à la guérison spontanée, fait jaillir la lumière. Toutes deux
ont une répercussion profonde sur l'organisme et présentent des troubles
cutanés caractéristiques. Elles ont aussi en commun le phénomène de
vicariance, c'est-à-dire que lorsqu'un traitement local entraîne
l'extinction momentanée de la lésion superficielle (chancre mou pour
l'une ou condylomes pour l'autre), l'état général s'aggrave et
réciproquement. La première, creuse et mine l'organisme de l'individu
malade (c'est le chancre mou qui régresse sous l'action des onguents
mercuriels classiques de l'époque). L'autre provoque la prolifération de
condylomes, de sortes de petites tumeurs sur les organes génitaux. Grâce
à un raisonnement analogique, il y adjoint la gale (qui à l'époque,
englobait d'autres maladies de la peau sous une même dénomination). Les
trois maladies chroniques Hahnemanniennes sont dès lors découvertes. Ce
sont: * La Gale ou “Psore”, peu visible, manifeste surtout par du prurit
et des lésions de grattage, provoquant une réaction extrêmement faible
de l'organisme . * La Blennorragie à qui la formation de condylômes et
de verrues ( Le condylôme est une petite tumeur cutanée siégeant au
niveau de l'anus ou des organes génitaux : in dictionnaire des termes
médicaux ) , vaut parfois le nom de maladie condylômateuse ou de
“Sycose” (Sycosis = tumeur en forme de figue). Cette affection évolue à
grand bruit (forte fièvre , douleurs aux organes génito-urinaires,
condylômes , etc... ) * La Syphilis ou Luèse vénérienne enfin, qui se
caractérise plus par son coté destructif surtout au niveau cutané :
chancres, ulcères ...[22]
V - 2 - : Les Trois Grands Miasmes Chroniques Le trait de génie du
fondateur de l'Homéopathie a été de voir au delà de la peau, l'affection
profonde, puis de tenter une généralisation grâce à un raisonnement
analogique (Mode de raisonnement tombé en désuétude avec Descartes; Il
est cependant en train de regagner du terrain avec les constructeurs des
ordinateurs dits à neurones, les plus récents en intelligence
artificielle et le développement actuel de la “Systémique”). Il est
seulement dommage que la mort ne lui ait pas permis de développer cette
théorie plus à fond . En actualisant quelque peu le langage on retrouve
les trois grands miasmes de l'Homéopathe. Ils correspondent à des
modalités réactionnelles, à des tendances morbides et non à des entités
nosologiques, conséquences de l'action d'un agent agresseur (fut-il
parasitaire ou infectieux…) et de la réaction de l'organisme à cette
attaque [23]. Par souci de simplicité et pour la commodité de l'exposé
je me cantonnerai ici essentiellement aux idées des écoles unicistes
essentiellement sud-américaines.
V - 2 - 1 - : La Psore : Elle se caractérise en quelque sorte par un
repli de l'organisme sur lui-même, par une Hyporéactivité . Le psorique
est alors un introverti, un inhibé, passif, taciturne, constipé,
bradycardique, avec des tas de problèmes d'élimination....
V - 2 - 2 - : La Sycose Avec sa forte fièvre, ses constructions
condylômateuses et ses douleurs bruyantes, la Sycose marque au contraire
une Hyperréactivité. On se représente alors tout de suite le Sycotique
comme un extraverti, bruyant, verruqueux, “m'as-tu-vu” , tachycardique ,
diarrhéique etc ...
V - 2 - 3 - : La Luèse Connaît, elle bien des destructions : Il y a
Dysréactivité . Le luétique, ou syphilitique au sens homéopathique du
terme, n'aura peut-être jamais eu de contact avec un tréponème même pâle
( microbe agent figuré de la syphilis ) . Mais , terroriste, destructeur
, suicidaire, il aura des chancres , des ulcères, des arythmies
cardiaques, des oblitérations artérielles, des pertes corrosives etc...
bref des réactions aussi désordonnées que destructrices .
V - 3 - : Remarques et conséquences directes
V - 3 - 1 - : Réflexion sémantique : On voit donc que ces termes désuets
un peu surannés, conservés, faute de mieux et par tradition, recouvrent
une notion infiniment plus vaste que la maladie qui a permis leur
découverte avant de lui donner son nom . Le Dr. Bucken chef de file
d'une école belge d'Homéopathie définit le miasme chronique comme “une
altération psychique, fonctionnelle et structurelle que se transmettent
l'une l'autre les générations successives .
V - 3 - 2 - : Réflexion métaphysique : S' il n'y avait point ces
diathèses chroniques, tout le monde serait beau, gentil et intelligent.
On voit déjà à l'horizon poindre l'adage de Jules Romain : “Tout homme
bien portant est un malade qui s'ignore !” (Knock) . Chaque individu
vient au monde avec sa diathèse chronique personnelle, son propre
fardeau miasmatique de tares , de défauts et de malaises. Il porte en
lui les trois possibilités réactionnelles, les trois miasmes en un
mélange enchevêtré qui lui est bien particulier et qui le fait réagir
suivant un schéma donné. Naturellement les proportions relatives peuvent
varier sous l'influence de facteurs aussi divers que l'éducation ou
l'environnement. Pour sourire un peu on peut par exemple caricaturer un
rond-de-cuir pantouflard terrorisé par sa femme et son chef de bureau
(Psore); fanatisé par un Führer quelconque, il va sortir de sa réserve,
hurler après ses collègues, défiler au pas cadencé et construire un mur
pour s'abriter (Sycose), avant de perdre les pédales et de casser la
vaisselle ou de poser des bombes (Luèse) . Ayant vu comment réagissait
un individu, il est intéressant de voir aussi son point de départ. Ce
dernier est prédestiné par sa constitution chromosomique héréditaire
plus ou moins influencée par l'environnement (diététique, exercice,...).
Cette facette a été étudiée par l' école de Vannier et se traduit dans
la pratique par ce que les Homéopathes appellent les constitutions
(Carbonique : petit, carré, trapu, solide et résistant, avec tendance à
l' obésité et à une certaine introversion; Phosphorique : grand, élancé,
expansif, enthousiaste mais vite épuisé, avec une tendance à
l'extroversion; Fluorique : au bâti dissymétrique, aux ligaments
relâchés d'acrobate et au tempérament d'artiste , capable du meilleur
comme du pire [24]) La constitution définit donc le point de départ ; la
diathèse la façon de faire sa maladie. Il reste à voir quelle sera sa
pathologie préférée. Dans ce domaine on retrouve les tempéraments déjà
définis par Hippocrate : Lymphatique, Sanguin, Bilieux et Nerveux !
V - 3 - 3 - : Réflexion d' hygiène : Tout ceci devrait nous inciter à
cultiver notre corps et notre esprit, à nous alimenter sainement et nous
soigner correctement afin de diminuer la charge miasmatique des
générations futures[25]. Enfin il faudrait mettre en pratique notre
éthique judéo-chrétienne (ou autre) avec son respect des autres et de la
vie. (Il ne faut pas oublier que les guerres entraînent en priorité l'
élimination des bien-portants et de ceux capables de sentiments généreux
et altruistes) . C' est à ce prix que, dans la mesure de nos moyens
individuels nous pourrons assurer à nos enfants une venue au monde sans
trop de tares ou de handicaps.
V - 3 - 4 - : Réflexion pragmatique : Constitution, Tempérament et
Miasme constitutif de nos patients permettent, de mieux comprendre
l'évolution de sa maladie, de prévoir sa pathologie permise, de poser un
meilleur pronostic .Ces notions sont très utiles pour classer le malade
et l'orienter vers tel ou tel groupe de remèdes. Elles sont
insuffisantes pour individualiser le malade, pour cerner les
caractéristiques de sa personnalité, de son individualité
psychosomatique, qui seules peuvent aboutir au choix du remède
simillimum. En fait elles recouvrent en gros l'idée de constitution
individuelle , la notion de terrain que nos amis allopathes sont en
train de redécouvrir .
[1] :Rappelons que la première édition de l'Organon ou Art de guérir,
date de 1810, alors que l'Introduction à la médecine expérimentale de
Claude Bernard ne paraît qu'en 1865 [2] : Organon §2 [3] : Organon § 9
[4] : Organon § 10 [5] : Organon § 9 [6] : Organon § 19 [7] : Organon §
11 [8] : Organon § 12 [9] : Organon § 13 [10] : ainsi par exemple, une
maladie comme le tétanos, maladie de gravité et d'évolution variables
suivant la réactivité et la sensibilité de l'organisme attaqué par le
microbe Clostridium tetani, n'a pas d'existence en soi : ce n'est que la
résultante de l'action du microbe et de la réaction de l'organisme,
l'ensemble se traduisant par un certain déséquilibre morbide,
caractérisé entre autres par des spasmes et des contractures . [11] :
Notons ici que, même en médecine vétérinaire, les traitements basés sur
l'hypothèse d'une telle étiologie, donnent parfois des résultats
remarquables. [12] : Organon § 2 [13] : Dr. P. Schmidt in " :
Introduction à la 6 ème édition de l'Organon " [14] : Organon § 19 [15]
: Organon § 143 [16] : Organon § 72 [17] : Organon § 73 [18] : Organon §
73 [19] : Rappelons que ce texte fut écrit en 1810 et que ce n'est
qu'entre 1857 et 1863 que Pasteur découvrit les microbes en étudiant la
fermentation . [20] :Signalons que la vaccination jennerienne date de
1798 et était bien connue de Hahnemann (Organon § 43); on voit poindre
ici les notions de durée variable de l'immunité, que l'on expliquera
plus tard par la variabilité antigénique). [21] : 0rganon § 80 [22]: :
Plus tard certaines écoles dont l’école Française ajouteront le
“Tuberculinisme” puis le “Cancérinisme” [23] : Un individu donné ne peut
faire que les maladies que lui permettent sa constitution, son
tempérament et les "miasmes" qui agissent sur lui. [24]: On peut
compliquer à loisir ce tableau des constitutions en y ajoutant par
exemple les Sulfuriques ou médiolignes, les uns gras et les autres
maigres, puis des subdivisions à l’infini (voit La “Typologie” de
Vannier.) [25] : Hahnemann insiste lui-même sur ce fait : Organon § 77,
§ 224 etc…
V - 4 - : Conséquences thérapeutiques
V - 4 - 1 - : La loi de Hering
Toutes ces réflexions permettent de comprendre la loi thérapeutique très
générale que les homéopathes appellent la loi de Héring . Constantin
Héring, disciple de Hahnemann bien connu en Amérique avait en effet
constaté que les maladies n'évoluaient pas n'importe comment. En effet
sauf exception elles frappent d'abord la sphère psychique, puis passent
par un stade émotionnel, sensoriel puis fonctionnel; elles aboutissent
enfin à la lésion .
Les maladies psycho-somatiques [1] partant du centre vers la périphérie
ne font donc que suivre la loi générale. Il faut d'ailleurs un certain
temps avant que la réaction propre de l'individu ne traduise le
déséquilibre de son énergie vitale en extériorisant tel ou tel symptôme,
voire telle ou telle lésion organique .
Si le mal évolue du central vers le plus superficiel, du mental au
lésionnel, ou du haut vers le bas chez l'homme (de la tête au bout des
pattes et de la queue chez l'animal) , la guérison doit logiquement se
faire dans la même direction, c'est-à-dire en suivant le sens de
l'énergie vitale .
Vraie dans le sens physique, organique du terme , cette loi l'est
également dans le temps. On peut ainsi voir par exemple réapparaître des
symptômes anciens disparus, qui parfois même étaient tombés dans
l'oubli. Il est d'ailleurs extraordinaire de constater à quel point cela
se confirme dans la clinique quotidienne. Le praticien peut
tranquillement utiliser la loi de Hering comme critère d'évaluation de
la guérison, donc du succès ou de l'échec de son propre travail !
On peut maintenant énoncer la loi de Hering :
“Une affection guérit du dedans vers le dehors, de haut en bas et des
derniers symptômes aux premiers symptômes.”
En sens contraire, bien sûr, il y a aggravation ! et l'évolution de
l'affection souligne ainsi le danger couru par le patient . [2]
V - 4 - 2 - : Les modes de guérison homéopathiques :
Si l'on conserve à l'esprit l'image de la maladie en tant que
déséquilibre de l'énergie vitale, il est logique de concevoir la
médication homéopathique comme une impulsion, un apport d'énergie vitale
à l'organisme vivant. Hahnemann lui-même utilise cette image: “ Or
l'expérience prouve que tout médicament, même à la dose la plus minime,
excède toujours en énergie la puissance morbide de la maladie naturelle
similaire.” Quelques instants de spéculation permettent alors de prévoir
les différents modes possibles d'évolution de l'affection traitée. Il
suffit d'observer le malade pour voir quelle est la voie suivie et
estimer objectivement la justesse de prescription pour, le cas échéant
represcrire une nouvelle dose, changer de thérapeutique voire même
antidoter le traitement en cours! Le thérapeute a donc soigneusement
observé et écouté son client. Il a recueilli tous les symptômes
présentés, les a évalués, triés et a dès lors pu relever ceux
caractéristiques de l'individu, ceux de sa maladie , de sa façon de
réagir et ceux qui lui permettront le choix du remède. Il fait alors
prendre ou administrer ce qu'il pense être le Simillimum du patient. Il
ne lui reste plus qu' à attendre et observer pour noter les résultats .
V - 4 - 2 - 1 - : Rien ne se passe :
La maladie poursuit son cours. La loi de similitude a été mal observée.
Le remède administré est sans action dans ce cas . Il faut réexaminer à
fond le patient et revoir l'interrogatoire qui n'a peut-être pas été
assez poussé ou a été faussé. En tout cas , il n' a pas permis le bon
choix du remède. Il est aussi possible qu' un symptôme majeur ait été
négligé ou mal valorisé .
V - 4 - 2 - 2 - : Il y a d' abord aggravation :
C'est souvent le cas lorsqu' une lésion s'est bien installée . Plusieurs
cas de figure sont possibles.
V - 4 - 2 - 2 - 1 : Le mental s' aggrave , le physique aussi :
- Si l'aggravation est de courte durée et qu'une amélioration survient
rapidement, l'état général du patient était vraiment très grave. Le
thérapeute a tapé dans le mille. Le remède a provoqué une crise
d'élimination un peu forte certes mais salutaire. La guérison est en
bonne voie. Il faut surtout se garder de la contrarier, fut-ce par une
prise du même médicament !
- Par contre si l' aggravation persiste au delà d'un certain temps: le
remède a été mal choisi. La loi de similitude n' a pas été respectée. La
maladie continue à évoluer rapidement .Tout est à reconsidérer d'urgence
.
- Il y a également lieu de s'inquiéter si l'aggravation frappe au niveau
d'un organe vital chez un patient profondément atteint. Il n'est jamais
bien bon de donner une bonne poussée à un animal qui a déjà trois pattes
dans la tombe et la quatrième sur une peau de banane .
V - 4 - 2 - 2 - 2 : L' état mental s'aggrave, le physique s'améliore :
- Les plaies se ferment, les lésions semblent disparaître . Les
vomissements ou la diarrhée s'arrêtent mais l'animal devient plus
grincheux. Il est plus hargneux, plus triste et apathique... Attention :
le remède agit trop en surface . Il y a une suppression de symptômes
physiques (ou dans le meilleur des cas , une palliation). L'organisme
déséquilibré ne peut plus manifester sa détresse en exprimant des
symptômes puisque ces derniers sont réprimés par l'action du remède. Le
déséquilibre subsiste, le stress continue, la tension monte. Il faut
s'attendre par la suite (à plus ou moins longue échéance) à une
détérioration rapide et brutale de l'état général, à une atteinte à un
niveau plus élevé ou plus central. Le cas est à revoir d'urgence !
V - 4 - 2 - 2 - 3 - : Le mental va mieux, le physique s'aggrave :
- Il s' agit de la classique et bien connue aggravation homéopathique.
Bien que parfois gênante, elle est toujours d'excellent augure. C'est
d'ailleurs pour tenter de l' éviter que l'on commença la course aux
hautes dilutions. Cette aggravation connaît deux explications possibles
qui ne s'excluent d'ailleurs nullement:
1) Il s'agit du reflet visible de la maladie artificielle invoquée par
Hahnemann, conséquence directe de l'administration du remède dilué et
dynamisé . Le déséquilibre de l'énergie vitale s'accentue encore
légèrement avant que le reflux ne s' amorce, entraînant ipso facto la
guérison. Recouvrant les mêmes symptômes que ceux de la maladie à
traiter, cette aggravation légère et passagère passe d'ailleurs souvent
inaperçue. Elle peut cependant parfois être spectaculaire .
2) Il peut aussi s'agir d'une réaction salutaire de l'organisme qui se
débarasse ainsi de ses toxines en une véritable crise d' élimination .
- L'homme pourra ainsi dire: “Oui d'accord, la diarrhée, les
vomissements, la suppuration, la ‘grattouille’, les sueur... etc ...
vont plus mal !Mais je me sens mieux !” Le propriétaire du chien ou du
chat traité, dira par contre: “Je ne comprends pas. Il vomit plus, ses
selles sont plus liquides, plus fréquentes, ses pertes plus abondantes
etc... mais il a l'air bien mieux : il recommence à manger et à jouer” .
- De même qu'il faut absolument nettoyer et parer une plaie souillée
avant même de songer à la fermer, il faut laisser l'organisme se livrer
à cette sorte de nettoyage et surtout et à tout prix, se garder
soigneusement d'intervenir ! L'administration d'une nouvelle dose du
même remède risque parfois de contrarier la guérison. Effectivement cela
peut paraître curieux et surprenant d'entendre votre vétérinaire vous
répondre au téléphone : “ Comment ? Médor vomit maintenant ! ( ou
Minette a la diarrhée ! ) ... Mais c'est formidable ! Laissez le faire
!” Il sait lui que cette aggravation est éphémère et salutaire. Si en
plus ces symptômes nouveaux concernent une évacuation et reparaissent
après une éclipse dans le décours de la maladie, c'est que le patient
suit la loi de Hering sur la voie royale de la guérison, En choisissant
votre thérapeute , vous lui avez accordé votre confiance . Ne la lui
retirez pas par une intervention intempestive, même si le résultat se
fait attendre un peu ou semble fuir . Le succès est en vue certes mais
pas visible pour tout le monde !
V - 4 - 2 - 3 - : Il y a d'abord amélioration :
Ici aussi plusieurs cas de figure peuvent se présenter : le psychisme et
le physique du patient n' évoluent pas toujours parallèlement. Le coté
mental conserve d'ailleurs une importance primordiale .
V - 4 - 2 - 3 - 1 : L'amélioration persiste:
Elle peut se faire progressivement, en continu. Dans ce cas aussi il
faut laisser faire et surtout se garder de risquer de contrarier une
évolution favorable par une intervention intempestive quelconque .
Elle peut aussi se faire spontanément par paliers successifs suivis à
chaque fois d'une amélioration . L'homéopathe chevronné sentira quand il
devra donner une impulsion supplémentaire .
V - 4 - 2 - 3 - 2 : L'amélioration est entrecoupée d' aggravations
légères :
La guérison se produit de manière plus ou moins continue mais est de
temps en temps entrecoupée de brèves périodes d'aggravation
essentiellement du domaine physique, le moral restant au beau fixe. Il
s'agit alors de crises d'élimination de l'organisme .Dans ce cas
également il faut éviter de contrarier une évolution favorable. Tout au
plus pourra-t-on favoriser un peu ce “nettoyage” au besoin en ayant
recours à un “drainage”
V - 4 - 2 - 3 - 3 - : L'amélioration s'arrête sur un palier
Trois possibilités d'explications différentes s'offrent à nous :
- 1° Un facteur quelconque de l'environnement engendre un blocage de la
situation . Il faut alors vérifier si les conditions d'hygiène , de
diététique ou même des traitements antérieurs ou intercurrents ne sont
pas en cause. Il est par exemple illusoire de vouloir guérir
complètement la maladie respiratoire de veaux entretenus dans une
atmosphère d'ammoniac froid et humide. Si les conditions économiques ne
permettent pas de les loger dans une meilleure ambiance ou de rebâtir
l'étable, on devra envisager une bonne palliation qui permettra à ces
veaux de reprendre leur croissance dans des conditions satisfaisantes
jusqu'au moment de leur fin programmée à l'abattoir. Il est évident que
cette solution valable en médecine vétérinaire , ne l'est plus en
médecine humaine. Dans ce dernier cas il faudra évidemment se mettre en
accord avec les règles fondamentales de l'hygiène, de la diététique et
modifier les règles de vie .
- 2° Le remède choisi était un simile et n'a pu effacer qu'une partie
des symptômes. Il est également possible que la dilution et la
dynamisation ne lui aient pas communiqué suffisamment d'énergie pour lui
permettre de tout balayer. Il faut alors vérifier si l'hygiène, la
diététique, le mode de vie ou un traitement intercurrent ne sont pas la
cause de ce blocage. Après on re-contrôle le cas, on regarde notamment
si les individualisations du patient et du remède ont été bien menées
et, dans l'affirmative on tente de relancer la mécanique en administrant
une nouvelle dose du remède adéquat après avoir reconsidéré la
dynamisation .
- 3° Il est également possible que l'on se retrouve devant un cas où les
lésions ont atteint un point de non-retour. La guérison vraie est
devenue impossible . Ce peut être le cas après la perte d'un membre ou
d'un organe . Ainsi par exemple une lésion définitive des ilots de
Langerhans du pancréas entraînera l'apparition d'un diabète
insulinodépendant. Il est sage alors de prescrire le traitement
classique à l'insuline au patient, qui muni de cette béquille
indispensable se portera encore mieux lorsqu'il aura pris son simillimum
[3] .Dans d'autres cas , la prise de son remède en lieu et temps utiles,
permettra à l'organisme non pas de guérir vraiment mais de trouver un
nouvel équilibre et de mener ainsi une vie satisfaisante. Cette
hypothèse peut se vérifier en allopathie où par exemple une chienne
atteinte de pyomêtre (collection purulente dans l'utérus) peut retrouver
une nouvelle jeunesse après opération (hystérotomie totale ou enlèvement
des ovaires et de l'utérus surchargé). Mais elle se rencontre aussi en
homéopathie: j'ai ainsi vu une chatte atteinte de péritonite virale,
mener une vie quasi-normale pendant plus de 10 mois avec plus de 750 ml.
de liquide d'ascite dans la cavité abdominale. La ponction de ce jus qui
la gênait pour faire sa toilette a aggravé son état : elle n'urinait
plus , ne mangeait plus et est restée abattue jusqu'à ce qu'elle aie
reconstitué son hydropisie .
V - 4 - 2 - 3 - 4 : Une brève amélioration est rapidement suivi d'une
aggravation :
C'est par exemple ce qui se produit si l'on soigne une boiterie en
oubliant de retirer le caillou qui traîne dans la chaussure. Dans ce cas
on peut avoir une interférence due au régime, au mode de vie ou à
l'environnement . On se trouve reporté au cas de figure du paragraphe
précédent, avec un degré de gravité en plus. C' est par exemple le
taureau à l' engrais , atteint de dégénérescence hépatique , et que l'on
continue à nourrir avec du maïs ensilé (dont l'amidon a donc été en
partie transformé en alcool par la fermentation), “enrichi” en plus avec
de l'ammoniaque [4].
Il est possible aussi que le remède ait été mal choisi et que la maladie
évolue trop vite .
Dans les deux cas le problème est à revoir sérieusement et d'urgence !
V - 4 - 3 - 2 - 5 - : Après 10 -15 jours d'amélioration, il y a
aggravation puis ça redémarre :
C'est nettement moins fréquent. On a affaire à une aggravation
homéopathique retardée, déjà connue de Hahnemann. L'amélioration reprend
d'elle-même, dès la fin de la crise, qui n'est en ce cas qu'une réaction
d'élimination. Il faut se garder de compromettre cette évolution
favorable par une intervention intempestive. Dans ce cas il faut s'armer
de patience et surtout bien observer si le patient suit la bonne
direction, indiquée par la loi de Hering
V - 4 - 3 - 2 - 6 : L'amélioration est suivie d'une aggravation
progressive et continue :
L'aggravation reste physique; le moral et le mental restent bons
.L'organisme par contre se dégrade lentement ou plus rapidement. Deux
possibilités différentes d'explications:
- 1° Le remède , mal choisi n'a eu qu'une action trop brève et trop
superficielle . Il est très fortement conseillé de se remettre au
travail pour trouver le bon et éviter de remplacer la guérison par une
palliation involontaire .
- 2° Il est aussi possible que le remède était le bon , mais que le
patient incurable n'aie pu se payer le luxe d'une aggravation
homéopathique. C'est l'ensemble du contexte clinique qui permettra de
faire la différence entre ces deux hypothèses. De toutes façons
l'administration du Simillimum permettra au malade de se sentir mieux et
de goûter une fin tranquille et sans souffrances.
V - 4 - 2 - 4 - : Il y a apparition de nouveaux symptômes
La première des choses est de considérer ces symptômes , de les étudier
et de les comparer à ceux présentés dans la Matière Médicale.
V - 4 - 2 - 4 - 1 : Ce sont d'anciens symptômes disparus qui
resurgissent .
Notre patient est en train de guérir suivant la loi de Hering et
parcourt à l'envers le chemin qui l'a mené jusqu'à ce stade de sa
maladie .Tout va bien . Mais attention : une nouvelle administration ,
même de son bon remède risque de faire basculer la situation !
V - 4 - 2 - 4 - 2 : Les nouveaux symptômes intéressent un organe plus
central ou plus vital :
Attention : le chemin prescrit pour la guérison par la loi de Hering est
suivi à l'envers . Il y a suppression ! le patient est en danger et le
cas à revoir d'urgence!
V - 4 - 2 - 4 - 3 : Les nouveaux symptômes sont ceux du remède :
Il peut en effet y avoir apparition de signes cliniques nouveaux
appartenant en propre au génie du remède . Le patient est en train de
l'expérimenter et vit en quelque sorte une véritable pathogénésie . Deux
hypothèses s'offrent à nous et il va falloir bien les distinguer .
- La répétition des prises de remède a été trop fréquente et c'est en
général facile à vérifier. Dans ce cas on doit immédiatement en arrêter
l'administration et on peut attendre que les choses reviennent à la
normale . Si la tragédie menace par contre, il sera judicieux de
prescrire un antidote homéopathique choisi d'après les symptômes
présentés par le malade .
- Le patient peut également être hypersensible et réagir à tout et
n'importe quel remède. Ce cas est heureusement rarissime car il pose des
problèmes plus qu'épineux à l'homéopathe par ses réactions désordonnées
et imprévisibles .
V - :5 - Le cas particulier des parasitoses :
On peut certes traiter les parasitoses ou maladies dues à des parasites
par homéopathie mais ce n'est pas facile . D'une part Il ne faut pas
oublier que la médecine des semblables n'a aucun “ remède anti-” , dans
sa pharmacopée! D'autre part son action essentielle est de rééquilibrer
l'organisme malade. On ne doit donc pas trop espérer éliminer tous ses
parasites par cette technique. Le premier impératif sera de trouver le
Simillimum du patient . Si le thérapeute a tapé juste, il fera du bien à
son patient et renforcera notablement la résistance de ce dernier.
L'organisme ainsi traité verra ses défenses notablement augmentées. Il
se débarrassera de lui même de son excédent de parasites (poux, puces ou
vers) et vivra en quelque sorte en équilibre avec ceux qui lui sont
restés. Ce genre de thérapeutique sera excellent pour l'animal
considéré. Mais avouons qu'on ne saurait le conseiller à chaque fois,
car il est absolument incapable d'empêcher une contamination de l'homme
par des bestioles aussi indésirables que des puces, des ténias
échinocoques, ou même de simples larves erratiques (dites aussi parfois
larva migrans) d'ascaris .
Il y a cependant lieu d'ajouter que dans les cas où la maladie
parasitaire se déclare peut-être plus à cause d'une baisse de résistance
du sujet , qu'à la suite de la présence de l'agent figuré,
l'homéopathie, en renforçant le terrain de l'organisme atteint, aura un
effet proprement surprenant. Toutes les fois où la parasitose s' établit
à la suite d'une défaillance immunitaire notamment, je crois que l'on
aura intérêt, à déparasiter l'animal, mais aussi à lui donner son
Simillimum . C' est ainsi que j'ai pu voir disparaître des teignes
récidivant après plusieurs traitements à la griséfuline et rétrocéder
des gales (même démodéciques) sévères .
V - 6 - : Les “Suppressions”
V - 6 - 1 : Notion de Suppression
Hahnemann parle de Suppression lorsqu'un traitement externe,
éventuellement assisté d'un remède pris par voie plus générale, a
supprimé quelques symptômes périphériques [5] (en général les plus
bruyants, les plus spectaculaires, donc les plus gênants), sans
cependant s'attaquer à la maladie réelle. En procédant ainsi, on fait
parcourir à rebrousse-poil la voie royale de guérison décrite par Hering
dans sa loi. Tout se passe alors comme si on empêchait l'organisme de
crier sa détresse en extériorisant des symptômes. Les lésions physiques
guérissent certes, mais le déséquilibre profond subsiste et s' accentue
en profondeur. L'état mental et le moral s'aggravent. La pression monte
et tôt ou tard se manifestera à nouveau, cette fois en frappant plus
fort, en touchant un organe plus noble , plus vital . Laissez-moi ici
reprendre une image qui traîne dans tous les traités d'homéopathie :
elle est vraiment trop frappante. Assimilons l'être vivant à une
cocotte-minute renfermant ses divers organes et chauffons la. La
pression interne va monter jusqu'au moment où , pour retrouver son
équilibre interne, elle va extérioriser un symptôme, le sifflement de sa
soupape et une élimination, le jet de vapeur. Ces deux signes sont
vraiment gênants : l' un répand de l'humidité, l'autre fait du bruit .
Pour ne plus être agacé , il suffit de charger la soupape ! Oui ,
mais... !!…Notre cocotte ne peut plus éliminer, la pression interne va
monter car nous n'avons pas touché à sa cause véritable en enlevant la
marmite du feu ! Tôt ou tard elle risque donc de nous sauter à la figure
.
En fait , il s'agit là d'un phénomène extrêmement général, commun à
toutes les formes de médecine (allopathie et ses dérivées comme la
phytothérapie ou l'aromathérapie, l'acupuncture, l' homéopathie etc...).
Nous avons commencé à l'entrevoir avec la présentation de la loi de
Hering. Pour concevoir cette notion de suppression, il faut de
l'observation, de la réflexion, du temps et un peu de recul. Il faut
aussi garder un esprit suffisamment ouvert pour déceler ou admettre des
corrélations entre des organes ou des fonctions fort différents dans
l'organisme. Comprendre que tel évènement survenu des mois auparavant ou
tel traitement en apparence efficace, effectué il y a quelques années,
est responsable de l'explosion morbide , des troubles profonds,
constatés aujourd'hui, n'est à priori pas évident pour un esprit
cartésien formé bien plus à l' analyse qu'à la synthèse. La
fonctionnarisation insensible et progressive de la médecine officielle,
son morcellement en de multiples spécialités, conçues et enseignées
comme indépendantes, le dédain de plus en plus grand pour la sémiologie
(science qui étudie les symptômes), le recours de plus en plus
systématique au laboratoire ou à l'imagerie médicale (Cela permet de
diluer les responsabilités, énorme avantage face à des clients de plus
en plus procéduriers), tous ces facteurs ne sont guère favorables à
cette découverte Ajoutons d'ailleurs que si l'homéopathe est
parfaitement conscient des phénomènes de suppression, cela ne constitue
nullement un avantage pour son confort intellectuel ou sa conscience.
V - 6 - 2 - : Quelques exemples :
* Chacun peut constater autour de lui , qu'un individu qui a été opéré
des amygdales, repasse un jour ou l'autre sur le billard pour se voir
enlever un appendice enflammé (C'est la classique appendicite). Tout se
passe comme si l'enlèvement des organes lymphoïdes situés en
avant-postes à l'entrée pharyngée, déplaçait tôt ou tard le problème en
zone beaucoup plus profonde. L'amygdalectomie n' a pas réglé la question
de l'inflammation. Elle s'est contentée d'en supprimer l'objet en
éliminant deux sentinelles avancées, enflammées certes (parfois même
plus ou moins suppurées, mais en train de se défendre !). Privé d'un
exutoire situé assez superficiellement et en relation directe avec le
milieu extérieur, l'organisme qui a tendance à faire une inflammation
des organes lymphoïdes n' a plus d'autre ressource que de le faire plus
en profondeur (signalons que l'appendice a lui aussi un rôle lymphoïde).
* Tout vétérinaire en clientèle canine se heurte à des problèmes qu'en
langage populaire on nomme “eczéma“ . Une grande part de ces “grattoses“
sont dues à des manifestations allergiques sises au niveau de la peau .
Ceux qui ont eu la chance d'assister au Séminaire de Génétique Appliquée
au Chien organisé par la Société Française de Cynotechnie ( 4 & 5-XII-81
) se souviennent certainement de la conférence sur les maladies de la
peau à composante héréditaire . Jeune, brillant et doué , et même
spécialiste ès dermatologie, l'orateur affirmait avec fougue : “Le
traitement idéal des dermatites allergiques consiste en l'élimination
des allergènes en cause (il utilisait même le mot américain : avoidance
!), quand cela est possible. Sinon il faut faire appel à la
désensibilisation et en général à une corticothérapie au long cours !
Tout autre traitement est d'une efficacité douteuse ! “Je ne tiens pas à
entamer une discussion stérile avec un confrère et ami que j'estime, ni
à entamer une quelconque polémique . Je tiens par contre à répéter ici
que les vétérinaires homéopathes enregistrent couramment 80 % de succès
définitifs et à long terme chez leurs clients à “gratouilles“ . Notre
spécialiste affirmait à juste titre que ces dermatites à étiologie
allergique ont une composante héréditaire. Disons qu'il s'agit d'une
prédisposition transmise par les parents . Je préfèrerais parler ici
d'un terrain psorique transmis par les mêmes parents. Seulement.…jamais
!... au grand Jamais ! la cortisone (ou l'un de ses analogues ) n'a
permis de guérir une allergie . Les corticoïdes ne font que supprimer la
manifestation visible et gênante de l'allergie ! (Au contraire par effet
secondaire, ils diminuent l'immunité et peuvent ainsi favoriser une
surinfection bactérienne ou mycosique !) Il ne faut donc pas trop
s'étonner si après quelque temps de cette thérapeutique suppressive, on
voit réapparaître une autre manifestation de cette même allergie, mais
au niveau pulmonaire ou articulaire donc avec des conséquences autrement
plus graves. Evidemment, le problème superficiel [6] aura disparu. Le
malade , “guéri” par son dermatologue, ira voir un pneumologue, un
phtysiologue ou un rhumatologue. Celui-ci aussi va jouer des corticoïdes
qui permettent un soulagement si rapide . Mais cette fois ce sera par
voie générale et non plus seulement par étalement local, en effet le mal
est aussi gênant mais plus profond!... Après, il ne restera plus à
l'organisme qu'à accumuler ses fichues toxines, ses complexes
antigène-anticorps au niveau cérébral, cardiaque ou ailleurs. (Son
système de défense immunitaire brutalement réfréné d'un coté par les
corticoïdes, stimulé violemment de l'autre par les adjuvants de
l'immunité des nombreux vaccins obligatoires et légaux ou non, finit par
ne plus s'y reconnaître et par se défendre contre lui-même : c'est là
une partie du problème des maladies auto-immunes qui connaissent un tel
regain d'actualité aujourd'hui). Finalement à un “eczéma“ plus gênant
que vraiment dangereux, on aura substitué un as |